Le Mystère de la Grande Pyramide 1 : une EO, deux tirages
Le diptyque égyptien de "Blake et Mortimer" est l'un des sommets de l'oeuvre d'Edgar P. Jacobs. C'est sans doute dans ces deux albums que sa "ligne claire" atteint sa plus grande pureté.
Certains collectionneurs perspicaces avaient noté d'infimes différences, selon les exemplaires, sur le dessin de couverture de l'édition originale du tome 1, parue en 1954 : écart entre le "E" de "Pyramide" et l'aile de la chauve-souris, taille de la déchirure du parchemin au dessus de "Tome 1" et présence d'un rectangle incomplet dans l'un des hiéroglyphes (signalés par des flèches dans la photo ci-dessous en haut à gauche).
Nos recherches ont permis, selon toute vraisemblance, de déterminer l'origine de ces différences.
Contrairement aux premiers albums parus depuis 1950 dans la Collection du Lombard, qui comportaient souvent près de 64 pages ou plus (Le Secret de l'Espadon, Corentin...), ce premier tome du Mystère de la Grande Pyramide 1 ne compte que 56 pages. Aussi, les éditions du Lombard souhaitent-elles que l'on augmente un petit peu l'épaisseur des couvertures avant et arrière, afin d'harmoniser la Collection. A l'été 1954, Jack de Kezel, le directeur du département Albums du Lombard, le demande expressément aux établissements Casterman, qui sont en charge de la reliure de cet album (voir lettre ci-dessous).
| (Archives de l'État de Tournai, Fonds Casterman) |
Après envoi d'un échantillon de carton-paille au siège du Lombard, à Bruxelles, les deux maisons se mettent d'accord sur l'utilisation d'un "carton-paille" de 1600 grammes par m2 (contre 1300 grammes par m2 habituellement), comme en témoigne cette lettre de Raymond Leblanc :
| (Archives de l'État de Tournai, Fonds Casterman) |
Mais, comme si cet album était la proie de malédictions d'Horus, les contre-temps techniques vont s'accumuler : un incendie retarde la livraison des cahiers intérieurs, les couvertures vernies (feuilles destinées à être encollées sur le carton-paille) ont été parfois endommagées, et, surtout, le carton-paille de 1600 grammes par m2 ne peut être livré par son fournisseur à Casterman dans les délais souhaités.
Or, il y a urgence : le 20 octobre, une publicité dans le journal Tintin doit annoncer la parution de l'album ! Conséquence, le 18 octobre, les éditions du Lombard autorisent Casterman à utiliser le carton habituel, plus fin, pour les 4000 premiers exemplaires en français (et 1000 exemplaires néerlandais).
Le 2 novembre, ces 5000 premiers exemplaires à couverture "fine" sont prêts et sont expédiés illico à Bruxelles, comme l'annonce Casterman au Lombard :
| (Archives de l'État de Tournai, Fonds Casterman) |
On peut donc dater la sortie du Mystère de la Grande Pyramide 1, au moins dans la librairie Tintin, qui se trouve au rez-de-chaussée des éditions du Lombard, aux premiers jours de novembre 1954.
Dans les semaines qui suivent, le fameux carton-paille de 1600 grammes par m2 est enfin livré à Casterman, qui lance immédiatement la mise en reliure. C'est ainsi que 12 180 exemplaires en français (et 2820 en néerlandais) du Mystère de la Grande Pyramide 1 sont reliés avec ce carton plus épais. Ce "deuxième" tirage est achevé fin novembre.
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| (Archives de l'État de Tournai, Fonds Casterman) |
Il existe donc bien deux tirages différents de l'EO du Mystère de la Grande Pyramide 1, celui avec des couvertures plus fines étant légèrement antérieur et plus rare, car tiré à trois fois moins d'exemplaires. A l'oeil nu, la différence entre les deux tirages est difficile à observer, mais au toucher on sent que l'un est plus épais que l'autre (3 millimètres contre 2,5 environ). Sur cette photo, le premier tirage est en-dessous et le second au-dessus.
Voilà qui explique très vraisemblablement les petites différences observées sur le dessin de couverture entre les deux tirages, qui peuvent résulter du calage des machines ou d'autres réglages techniques.
Amis complétistes, à vos pieds à coulisse !



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